… il était une fois Au Beau

La Titine du Beau

la titine du beauOn est certain que le lieu-dit «  Le Bau » était habité en 1618 puisque son propriétaire d’alors, George Germain Humbert demande du bois au forestier pour réparer sa maison et pour sa consommation personnelle (le 10 avril 1618). Aucune mention du Bau n’est faite dans le registre de 1565. Dans celui de 1591, on retrouve trace d’un acensement (c’est-à-dire d’une demande de terrain au seigneur souverain contre une redevance annuelle) au nom de Nicolas Gehey de Rehaupal…Et rien ne prouve que dès cette date on n’habitait pas déjà sur place !

Dès lors, les traces de vie sont nombreuses. Dans les états paroissiaux de la paroisse de Docelle (jusqu’en 1664), on trouve la mention des mariages, naissances, décès des habitants «  d’y Beau ». Puis ceux du Tholy ont pris le relais après l’érection en 1663 de la paroisse Saint Joseph. Malheureusement ils ont été détruits en 1944, privant ainsi les amateurs du passé de précieux documents. Des actes notariés privés font état en 1771 d’un certain Nicolas Hollard, laboureur «  au baut » prouvant ainsi la pérennité de l’occupation des lieux. Après la Révolution, les registres de l’Etat Civil regorgent d’actes relatifs au Bau (c’est ainsi que le lieu est encore nommé). L’acte n° 742 du 8 juin 1858 (notaire Pleux à Remiremont) mentionne la vente de la ferme du Beau à Jean Pierre Lambert avec 17ares et 77 ca de terrain.

Dans les années 1880, Auguste Mengel devient le propriétaire. Il agrandit la maison en utilisant les pierres d’une ruine située à proximité. En 1900 naît sa fille Ernestine, «  la Titine du Beau », surnom qu’elle portera jusqu’à la fin de ses jours ! Son fils, monsieur Fernand Pierron qui demeure au Blanc Faing, se souvient l’avoir entendu raconter que durant la première guerre mondiale, les Américains qui cantonnaient au Beau cultivaient eux-mêmes la terre, transmettant du même coup à leurs hôtes des techniques plus modernes venues directement d’outre atlantique. Après le décès de sa mère, la Titine quitte le Beau en 1920 quand la ferme est vendue à la famille Didier.

La vie au Beau dans les années 30

En 1920, M et Mme Didier alors jeunes parents, originaires du Haut du Tôt font l’acquisition de la ferme du Beau dont la surface totale atteint 20 hectares. C’est ce qui en fait toute sa valeur. La vie s’organise pour cette famille nombreuse de 6 enfants autour de la culture des pommes de terre et de l’élevage d’une quinzaine de vaches laitières. Pas de mécanisation à l’époque ! Tous les travaux sont effectués « à bras » et avec l’aide de l’incontournable paire de bœufs. A l’arrière saison, on transporte les pommes de terre à la féculerie de Tendon et il faut une journée entière pour y conduire la voiture attelée aux bœufs. Bien entendu, on y cultive aussi des céréales (avoine, seigle…) destinées à nourrir les animaux : pas de bonne ferme qui se respecte sans basse-cour et cochons.

Comme tout le monde, on fabrique son pain, ½ seigle ½ blé, pour qu’il se conserve plus longtemps, car il est cuit pour 10 à 12jours à la fois. Le four se situait à l’emplacement de notre ancien coin poubelles, vers l’arbre qui parle. Frais, ce pain de ménage est fort apprécié. D’ailleurs l’instituteur de l’école de Bonnefontaine que fréquentaient les enfants Didier ne s’y trompe pas et il échange souvent une boule de pain blanc contre ce pain « maison », à la grande joie des petits qui le préfèrent.

Les œufs sont gardés la pointe en bas dans du seigle, plusieurs mois parfois. Et Pierre Didier se souvient fort bien d’une anecdote : sa mère voulant supprimer l’habitude de la sucette à son jeune frère lui raconta un jour que les poules l’avaient mangée. Eh bien elle le retrouva quelques temps plus tard au grenier entrain de casser les œufs un à un pour la retrouver !

Avec le lait récolté on fabrique un fameux munster fermier, affiné sur place et ensuite vendu à une fromagerie ambulante.

 La guerre éclate, la famille se disperse.

La deuxième guerre mondiale a mis fin à cette vie paisible. Trois des garçons sont faits prisonniers. En septembre 1944 les Allemands occupent le village et toutes les fermes environnantes. Les Américains approchent et la bataille fait rage. Les parents Didier échappent au pire par miracle. Sur les 21 soldats allemands présents au Beau, 19 vont mourir. On recensera 3000 trous d’obus sur les 20 hectares. Les Américains pénètrent au Tholy le 15 novembre 44.

Par bonheur, tous les enfants rentrent sains et saufs. Mais il faut tout reconstruire : la ferme a été brulée et tous les animaux tués. Une baraque provisoire est érigée pour reloger la famille reconstituée : c’est l’annexe.

Pierre Didier se marie et s’installe avec son épouse à la ferme encore quelques années. Dans les années 50, le prix du lait baisse, l’exploitation n’est plus rentable et la décision de vendre est prise…

 Les premières colos au Beau

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la paroisse St Vincent-St Fiacre de Nancy s’est investie dans l’organisation de colonies de vacances pour permettre à de nombreux petits citadins de s’aérer durant les mois d’été. Implantée définitivement au Tholy en 1958, la colonie paroissiale a changé au préalable cinq fois de site. Les maisons étaient louées pour la durée d’une session : d’abord à Manonville, puis aux Allondrelles pour les garçons et à Rupt sur Moselle pour les filles, à Chèvre-Roches au dessus de Vagney et à Julienrupt. Les conditions d’accueil étaient plus que précaires : après-guerre oblige !

En 1957, deux fermes sont à vendre au Tholy : l’une intéresse la paroisse Notre Dame de Lourdes, le père Lenhard décide d’acquérir la seconde, propriété de la famille Didier, pour St Fiacre et demande à deux paroissiens de se charger des différentes démarches : Jean Debever pour tout ce qui touche à l’assurance et Jacques Détré pour monter la société Civile et Foncière du Beau, qui se transformera en association en 1970 conformément aux directives ministérielles.

Reste à aménager les locaux. La transformation de la ferme en maison d’accueil pour une centaine d’enfants – lors des premières visites, la salle à manger est encore une étable- nécessite de nombreux travaux. Et les bénévoles ne comptent pas leurs efforts : à lui seul, Monsieur Piron effectue la peinture des dortoirs qui  à l’époque n’étaient encore pas cloisonnés. L’inauguration officielle et les premières sessions ont lieu en 1958.

Rendons hommage à tous ceux et celles qui ont mené à bien le fonctionnement de la colonie dans des conditions qui sont loin de celles que nous connaissons aujourd’hui : pas de frigo –la nourriture était stockée à la cave-, pas de machine à laver, ni de sécheuse –une sœur se souvient s’être servie d’un sèche-cheveux pour avoir le linge sec à temps-…Il est vrai que les exigences sanitaires étaient plus réduites que de nos jours !

Les vicaires et les sœurs de la paroisse St Charles sont très présents à cette époque. N’oublions pas que la colonie était paroissiale, c’est ainsi que la messe était célébrée chaque dimanche dans le bas de l’annexe qui faisait office de chapelle. Les sœurs de la maison St Rémy assuraient l’entretien des draps et couvertures à la morte saison.

De nombreux bénévoles ont marqué ce lieu de leur présence : sœur Marthe s’est chargée de la direction de la colonie des filles entre 1964 et 1972. Elizabeth Dinvaux lui succéda après avoir été animatrice durant de longues années. Madame Piron vint faire la cuisine 17années durant, pour les séjours des personnes âgées qui précédaient les sessions d’été ou leur succédaient selon les années. C’était l’occasion pour Madame Didier mère de « remonter » au Beau pour quelques jours. Et madame Valette, première présidente de l’association du Beau d’après 1970, a eu le mérite de donner à ce domaine d’autres affectations pour les jeunes, que celles de la colonie. Un livre ne suffirait pas pour évoquer toutes les péripéties vécues par ces pionniers ! Mais ce sont les bons souvenirs qui l’emportent : d’ailleurs, certains colons des premières sessions de 1958 ne sont-ils pas encore aujourd’hui membres de l’association ?
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